Lire la suite, Dans le chapitre «  De l'ordre interne à l'ordre international » Le terme est utilisé ici au sens que lui donne l’occupant américain, qui a très vite pointé du doigt l’histoire enseignée jusqu’alors au Japon comme un des rouages essentiels de l’endoctrinement du régime militariste. Le terme même de démocratisation est ici repris à leur compte par ces historiens, pour lui donner un sens plus radical que celui conçu par l’occupant américain. En 1959, les auteurs publient une nouvelle édition de l’Histoire de Shôwa qui a digéré une partie de ces critiques, marquant la fin de la polémique, même si la césure révélée par le débat persiste. 3 Tôyama Shigeki, « Gendaishi kenkyû no mondaiten. La loi de sécurité publique de 1925, principale loi de censure et de répression idéologique de l’État, est pointée comme symptomatique de cette volonté de juguler la représentation populaire malgré l’élargissement du suffrage, et est soulignée comme une des causes principales de la crise du système des partis qui se met à tourner à vide dans les années 1930. La notion même d’être humain mise en avant par Kamei contre les catégories utilisées par les auteurs de l’histoire de Shôwa renvoie indéniablement à une humanité conçue avant tout comme « japonaise »25. Derrière cette question de « style », Kamei cherche à mettre en cause le parti pris narratif de l’Histoire de Shôwa et un récit national centré sur des acteurs collectifs comme la nation. 2  4La première répondait au souci de rédiger une histoire « démocratique ». 18   Lors du célèbre colloque de l’Ecole de Kyôto, « Le dépassement de la modernité » (Kindai no chôkoku, publié par Sôgensha en 1943), il avait notamment déclaré : « La paix est plus terrifiante que la guerre » et « Mieux vaut une guerre souveraine qu’une paix d’esclave ! ». Le peuple de cette nation n’est-il pas dans ce cas précis le coupable de cette tragédie ? Ce procès est intenté par le constructeur automobile Nissan, qui avait porté plainte en février dernier contre son ancien patron, afin de récupérer une … Car s’ils ont modéré les présupposés « idéologiques » de leur récit dans la nouvelle édition, ils n’ont pas atténué pour autant la dimension accusatoire de l’ouvrage, qui en forme l’argument principal, intimement liéà sa mission démocratique, et qui en demeure la conclusion la plus forte. Son film raconte le Japon à l’heure du procès de Tokyo, de la reddition aux Alliés, le 15 août 1945, du décollage de l’économie nippone au début des années 1950. Mais ces critiques permettent également de comprendre sur quels axes les forces sociales opposées à cette lecture de l’histoire, et en premier chef toute une partie de la droite moins libérale qu’il n’y paraît, se sont appuyées pour la déconsidérer et l’isoler, sans pouvoir forcément lutter avec son appareil méthodologique et sa légitimité universitaire. © 2020 Encyclopædia Universalis France.Tous droits de propriété industrielle et intellectuelle réservés. En effet, la nouvelle dérive conservatrice du régime au Japon après la fin du procès et au tournant des années 1950, et la menace qu’elle fait peser à leurs yeux sur la démocratie japonaise, ont signé pour ces historiens l’échec du projet démocratique de l’après-guerre. « “Un véritable trou noir de l’histoire du XX e siècle.” C’est ainsi qu’on a pu qualifier le procès de Tokyo, au cours duquel, pendant près de deux années, vingt-huit hauts dirigeants japonais ont comparu devant onze juges, représentant onze nations, et à la suite duquel sept d’entre eux ont été condamnés à … 5 Senkyûhyakugojû nendai ni okeru shigakushiteki bunmyaku no saiteii » (La naissance de l’Histoire de Shôwa ; reconfiguration du contexte historiographique des années 1950), in Ôkado Masakatsu, Showashi ronsô wo tou – rekishi wo kijutsu suru koto no kanôsei (Le débat surL’histoire de Showa en question - de la possibilité de la description historique), Nihon keizai hyôronsha, 2006. Mais il est à noter que le procès de Tôkyô lui-même s’efface de leur narration historique de l’après-guerre. La grille d’analyse et les outils historiques du marxisme, dont les auteurs se réclament, imprègnent aussi bien l’ouvrage que le récit national qu’il tente d’imposer. URL : http://journals.openedition.org/droitcultures/2050, Tristan Brunet est doctorant à l’Université Paris-Diderot, UFR de Langues et civilisations de l’Asie orientale et à l’Université des langues étrangères de Tôkyô (Tôkyô gaidai). Les auteurs présentent par conséquent le Parti communiste japonais et sa lutte contre la classe dirigeante, malgré l’illégalité dans laquelle il est cantonné depuis sa création en 1922, comme le principal défenseur de la démocratie et de la « nation » contre une classe au pouvoir toujours plus soudée derrière la défense des intérêts du capital. 3Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, les travaux des historiens japonais ont été marqués par trois grandes orientations. 23Dans leur nouvelle édition de l’ouvrage en 1959, les auteurs prendront cependant en considération une partie de ces critiques, en se montrant notamment plus enclins à souligner les erreurs du Parti communiste japonais. «  TOKYO PROCÈS DE  » est également traité dans : Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des tribunaux internationaux ad hoc furent chargés de juger les grands criminels de guerre. Enjeux de mémoire, Les justices alternatives et leurs avatars, Expertise psychiatrique et sexualité (1850-1930), Actualités du droit musulman : genre, filiation et bioéthique. Or, certaines composantes ont joué un rôle actif dans la marche vers la guerre. Préoccupations légales et éthiques, Le juste et le sacré : les territoires de la faute dans l’Égypte ancienne, en Mésopotamie et dans la Bible, De la traduction dans le droit des idées d'égalité/inégalité, Les cultures à la rencontre du droit : l’Inde, Espaces des politiques mémorielles. ), Bungei Shunjû, mars 1956. Il est relativement facile pour Tôyama de montrer que les critiques de Kamei ne sont pas aussi neutres qu’il voudrait le faire penser, puisqu’elles épousent un changement dans l’équilibre politique du Japon au milieu des années 1950, avec le retour au pouvoir d’une frange dure des conservateurs japonais. Tôyama réaffirme le champ d’action de l’histoire, une science qui cherche à établir des continuités et à dégager des mécanismes régissant la marche des sociétés, contre les arguments « littéraires » d’un Kamei. ), L’Europe face à son passé colonial, Riveneuve, 2009. Bien que cela ne remette pas fondamentalement en cause les analyses de l’ouvrage, à son avis, en limitant le rôle du peuple aux seules manifestations de résistance à la classe dirigeante, les auteurs se sont refusés à aborder certains aspects de la marche vers la guerre qui impliquent une culpabilité plus large de la nation japonaise. Dans le récit qu’ils ont dressé de l’histoire récente de leur nation, sur quelles causes leurs analyses ont-elles mis l’accent, et quelles responsabilités ont-ils dégagées pour quelles sortes de crimes ? Les limites du débat que j’ai relevé ici permettent aussi de comprendre dans quel contexte le Japon a pu alors faire cette première tentative d’historiciser son expérience de la guerre, et d’entrevoir par conséquent les axes poursuivis depuis pour dépasser les cadres posés par l’Histoire de Shôwa, sans jamais cesser pour autant d’y revenir comme une étape fondamentale dans l’écriture de l’histoire nationale dans le Japon d’après-guerre26. Avec l’établissement de la République populaire de Chine en 1949, puis la guerre de Corée en 1950, le Japon devient la base avancée du bloc occidental en Extrême-Orient, et par conséquent un allié stratégiquement décisif pour les États-Unis. En effet, l’une des questions qui ont le plus préoccupé les historiens japonais au lendemain de la Seconde Guerre mondiale portait sur l’analyse de la marche vers la guerre, pour en dégager les causes et tenter de rendre intelligible aux yeux des Japonais qui l’avaient vécue le chaos de l’histoire récente. Depuis l’invasion de la Chine, il y a eu la guerre du Pacifique, puis la guerre de Corée, et aujourd’hui encore leurs orientations sont liées à la guerre. 5Le second élément marquant est la place prépondérante prise par l’historiographie marxiste dans les années d’après-guerre. L’ouvrage constitue une synthèse du résultat des recherches dans le domaine de l’histoire contemporaine, et par conséquent le projet le plus significatif de la part de l’école marxiste d’afficher leur propre lecture de l’histoire, face à la vision que tentent d’imposer les conservateurs de retour au pouvoir, mais aussi face aux conclusions du procès de Tôkyô. L'expression commune « procès de Tōkyō » désigne le procès mené par le tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient (International Military Tribunal for Far East, I.M.T.F.E. Le 2 septembre 1945, la reddition officielle du Japon était signée sur le cuirassé Missouri ancré dans la baie de Tōkyō, et le général MacArthur prenait le titre de commandant suprême des puissances alliées, au sein desquelles les États-Unis, en tant que puissance occupante, exerceront une autorité sans partage. Un important débat historique a suivi, qui a pris fin avec la rédaction d’une deuxième édition de l’Histoire de Shôwa en 1959. Les dirigeants japonais ayant fait ca [...], 1  (Histoire de Shôwa), p. 218. Quotas, réservations et discrimination positive en Inde, Iran et Occident. Kamei oppose à cette narration le problème de « la voix des morts » dont il déplore l’absence dans l’Histoire de Shôwa. En premier lieu, les auteurs soulignent le retour de la guerre comme moteur des évolutions politiques du pays depuis le début des années 1950. A polemic took place after the publication of the book, which allows us to acknowledge the growing resistance within Japanese society against such a project. Le procès de Tokyo. Published in 1955, the History of Shôwa is the most prominent example of the project by Japanese academic historians to elaborate a new national history, in the aftermath of the Second World War. Pourquoi la nation n’a-t-elle pas eu la force d’empêcher ce drame ? »9. Pour y répondre, les auteurs insistent dans leurs analyses sur trois points principaux : les limites de la démocratie dans le système impérial, l’impérialisme japonais et son lien avec les intérêts des capitalistes japonais, et enfin le parallèle entre la situation d’avant-guerre et la situation d’après-guerre. Dès le 6 septembre 1945, le programme politique défini pour l'immédiat après-guerre […] Le 27 mai 1999, Le procureur du Tribunal pénal inte […] Les auteurs pointent du doigt les divisions internes qui minent le parti, ou le « dirigisme sectaire »21 qu’il a tenté d’imprimer aux organisations syndicales après-guerre, poussant celles-ci à s’en éloigner. On a vu que les historiens avaient élargi les conclusions du procès de Tôkyô pour étendre la culpabilité de guerre à l’ensemble d’une classe dirigeante, incluant non seulement l’empereur et sa cour, mais aussi les élites militaires, les principaux responsables politiques et les grands capitalistes. Il a commencé le 3 mai 1946 et sa durée est d'un ordre de grandeur supérieur au Tribunal en Allemagne. Enfin un livre en français sur le procès de Tokyo. On peut d’autant moins se risquer à juger qu’on risquerait de devoir s’accuser. 21 Tôyama Shigeki, Fujiwara Akira, Imai Seiichi, Shôwashi (Histoire de Shôwa), Nouvelle édition, Iwanami shinsho, 1959, p. 279. La raison majeure de cette inquiétude tient principalement aux responsabilités de guerre étendues. To display this page you need a browser with JavaScript support. Matsuzawa cite ainsi l’exemple des classes moyennes qui, par le biais notamment des associations locales de défense, ont souvent relayé activement la propagande militariste. Épisode 1 47 min. J’ai enfin pu comprendre que c’est pour cette raison précise que nous avons vécu tous ces malheurs15. Ce concept de kokumin ou « peuple-nation » est utilisé ici par les historiens comme une réalité donnée dont on peut faire l’acteur principal d’une histoire concue comme démocratique, ce qui finit par masquer la complexité des enjeux potentiels de réparations de guerre. Vingt-huit accusés font face au tribunal dont le président est australien. L'Accord de Londres du 8 août 1945 et la décision du commandement en chef des troupes d'occupation au Japon du 19 janvier 1946 arrêtent respectivement les statuts des tribunaux de Nuremberg et de Tōkyō. Il s’agit d’un jalon très important de l’historiographie japonaise, par son projet de donner une vision d’ensemble intégrée et scientifique de toute cette période. Cela se traduit par l’instauration en 1953 des comités de validation des manuels scolaires, dont les critères de validation révèlent très vite qu’ils ont pour but de purger l’histoire enseignée aux jeunes Japonais de toute référence aux crimes de guerre japonais8. D e mai 1946 à novembre 1948, l e tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient composé de 11 pays vainqueurs mais largement dirigé par les Etats-Unis va traduire en justice les dignitaires impériaux japonais. Voir la notice dans le catalogue OpenEdition, Plan du site – À propos – Mentions légales et Crédits  – Flux de syndication, Nous adhérons à OpenEdition – Édité avec Lodel – Accès réservé, Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search, The Tokyo trial and the History of Shôwa, Mémoires et responsabilités de guerre. Année de sortie : 2017. Pour mieux appréhender la portée effective des décisions du Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient, il peut être utile d’évoquer les problèmes politiques et scientifiques que l’écriture de l’histoire nationale a posé au Japon dans la même période. En élargissant leur champ d’investigation, cet appareil méthodologique a permis aux historiens d’affermir d’autant leur analyse des causes et des responsabilités de la dérive militariste de l’Etat japonais. On peut invoquer trois raisons principales : la première est bien évidemment le retour de la liberté de parole avec l’abolition de la loi de sécurité publique en octobre 1945, qui permettait jusqu’alors à l’Etat d’emprisonner tous ceux qui proféraient des idées jugées dangereuses pour la structure sociale traditionnelle du pays. Imparfaits procès de Tokyo Après Nuremberg, des procès moins connus de criminels de guerre Au tribunal de Tokyo, l'accusation exposait en détail, … La « voix des morts » de Kamei relève d’ailleurs du même oubli, puisqu’il évoque avant tout les morts japonais, sans considération par exemple pour les mobilisés et auxiliaires de l’armée impériale devenus depuis Coréens ou Taïwanais, les jeunes Coréens et Chinois forcés à un travail de bête dans les mines et usines japonaises, les cobayes humains des « expériences » chimiques de la brigade 731 en Chine, les « femmes de réconfort » de toute l’Asie qui n’ont pas survécu à la violence de l’esclavage sexuel, etc.24. Libéré sur parole en 1930, il se rapproche un temps de la littérature prolétaire avant de rompre avec le marxisme, puis d’embrasser définitivement, comme les autres acteurs majeurs du romantisme japonais d’alors, et non sans opportunisme, le militarisme du régime dans la deuxième moitié de la décennie. Il ne s’agit pas de pointer ses limites pour insister sur un éventuel particularisme japonais, puisqu’un tel constat pourrait s’appliquer aux histoires nationales rédigées dans tous les États-nations de cette époque. Il oppose ainsi à ce verdict, comme on l’a vu, la complexité des trajectoires individuelles, et le problème de la responsabilité de l’ensemble de la nation japonaise dans la guerre, et insiste surtout sur l’expérience de la guerre comme un traumatisme, capable de transformer les hommes ordinaires en brutes sanguinaires. Les auteurs identifient par conséquent ce qui relie la domination coloniale de la Corée, l’avancée japonaise en Mandchourie, et l’intrusion subséquente de la diplomatie japonaise dans la politique intérieure chinoise, aux intérêts des conglomérats industriels japonais, les zaïbatsu, non seulement soucieux d’assurer leur approvisionnement en matières premières, mais ausside sécuriser un marché intérieur face à la crise mondiale qui sévit après 1929. Les auteurs soulignent ainsi avec force les limites du procès de Tôkyô comme événement structurant de l’histoire nationale japonaise bien qu’il n’ait pas marqué le tournant recherché d’ancrer la démocratie dans le pays contre les forces résurgentes du fascisme. 6Enfin, et c’est ce qui nous ramène au procès de Tôkyô, cette époque est marquée par le développement de l’histoire dite « contemporaine », synonyme en France de « l’histoire immédiate ». Ce parallèle s’opère sur deux points principaux. Il est désormais impossible de le présenter, comme c’était parfois le cas dans la première édition, comme l’incarnation des aspirations du peuple japonais contre les élites. 9Ils ne tarderont pas à tenter d’imprimer de nouveau leur empreinte sur l’écriture de l’histoire. 4 Le terme japonais utilisé ici est kokumin, que je traduis tantôt par nation, tantôt par peuple, koku tirant vers nation, et min vers peuple. 31Moins d’une dizaine d’année après le procès de Tôkyô, le débat autour de l’Histoire de Shôwa fait donc entrevoir une autre strate dans l’analyse des responsabilités de guerre japonaises. Il estime à bon droit que le critique littéraire s’est permis de juger l’Histoire de Shôwa comme une œuvre littéraire, et non comme un travail scientifique. Tristan Brunet, « Le procès de Tôkyô et le débat sur l’Histoire de Shôwa Â», Droit et cultures, 58 | 2009, 43-58. Le récit national ainsi orchestré a pour but de donner au peuple japonais les clés qui lui ont manquéà l’époque des faits pour s’opposer à la montée du militarisme, et soutenir ainsi la marche de la démocratie japonaise d’après-guerre, qu’ils pensent menacée par le retour au pouvoir des rescapés du procès de Tôkyô. Les auteurs semblent ainsi sanctionner une sortie pure et simple de l’histoire pour un procès qui n’a pas su faire sens, et renforce l’idée que la narration même de l’histoire nationale dans l’Histoire de Shôwa se substitue à la vocation historique supposée du procès. Kamei sera lui aussi emprisonné lors de la sévère répression anticommuniste du 15 mars 1928. Cette déresponsabilisation est pour lui irrecevable, surtout du point de vue des victimes asiatiques dans leur ensemble : comment l’Histoire de Shôwa peut-elle dans le même temps considérer la nation japonaise comme une victime de la guerre et souligner l’immensité des pertes chinoises ? Il reste en cela fidèle à l’esthétisme romantique qu’il avait adopté durant la guerre, et semble de fait plaider l’absence d’ancrage idéologique de cette posture, alors même que ses propres prises de position passées semblent prouver le contraire. Le procès de Tokyo (12 novembre 1946-12 novembre 1948) est institué selon le Statut de Londres ; il est conduit contre les principaux criminels de guerre japonais par un Tribunal militaire international dominé par les Américains ; son jugement confirme et développe le droit de Nuremberg. Mais il tombe encore plus lourdement dans ce travers puisqu’il semble recouvrir le problème de la responsabilité des crimes de guerre par celui de la guerre elle-même en tant qu’expérience traumatique, dont les Japonais deviennent par conséquent tous victimes, dirigeants compris. En complexifiant ainsi, en réponse aux critiques, le récit national élaboré dans la première édition, la conclusion de l’ouvrage gagne en légitimité. Historiographic and Political Issues of an Intellectual Phenomenon in Pre-war Japan, Université de Kyôto, 2008. Le procès de Tōkyō devait être l'équivalent pour l'Asie du procès de Nuremberg pour l'Europe. De ce point de vue, l’impérialisme est abordé comme une étape normale des États-nations modernes, suivant en cela les analyses de Lénine dans L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, même si le Japon est vu comme un acteur tardif. Les auteurs ont cherché notamment à se substituer à la mission historique du procès de Tôkyô qu’ils estiment avoir été impunément avorté. D’abord proche du marxisme, Kamei est un exemple de « conversion » (tenkô) à l’idéologie militariste17. On assiste plutôt à des tentatives de déstabilisation, de délégitimation de la recherche historique scientifique, et surtout à une politique visant à limiter l’impact de la recherche historique la plus récente sur l’histoire enseignée plus largement à l’ensemble des Japonais. 26   Pour un panorama plus large du travail des historiens japonais confrontés au passé colonial de leur pays, ainsi qu’au problème des responsabilités de la guerre, voir Arnaud Nanta, « Le Japon face à son passé colonial », in Daniel Lefeuvre, Olivier Dard (dir. Cette évolution du traitement réservé au parti est à rapprocher de la perte de prestige que connaît le parti dans cette deuxième moitié des années 1950, gagné par la déstalinisation. trisa.brunet@gmail.com. Par l’ampleur des sujets abordés, cet ouvrage a marqué une étape importante de l’historiographie japonaise sur cette période cruciale de l’histoire nationale couvrant l’avant et l’après-guerre. Mais il se garde bien d’en faire mention, alors qu’il eut été intéressant d’effectuer le retour sur soi pour mobiliser le point de vue personnalisé et subjectif qu’autorise la démarche littéraire. 25Si ces remarques ne sont pas infondées, Kamei évite surtout d’aborder plus frontalement le problème de la responsabilité, en passant sous silence dans sa critique le procès de Tôkyô, ou le traitement qui en est fait par l’Histoire de Shôwa. Le 24 novembre 1948, MacArthur rejeta l'appel formé par les condamnés.